5ème dimanche après la Pentecôte

Matthieu VIII, 28 – IX,1

En ce temps-là, Jésus arrivant au pays des Gadaréniens, vinrent à sa encontre deux démoniaques sortant des tombeaux, si dangereux que personne ne pouvait passer par ce chemin-là. Et les voilà qui se mirent à crier : « Que nous veux-tu, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? » Or, à quelque distance, il y avait un grand troupeau de porcs en train de paître. Les démons suppliaient Jésus, disant : Si tu nous chasses, envoie-nous dans le troupeau de porcs. » Il leur dit : « Allez ! »

Ils sortirent et s'en allèrent dans les porcs ; et tout le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans la mer, et ils périrent dans les eaux. Les gardiens prirent la fuite, s'en allèrent à la ville et rapportèrent tout, ainsi que l'affaire des démoniaques. Alors toute la ville sortit à la rencontre de Jésus ; dès qu'ils Le virent, ils le suppliè­rent de quitter leur territoire. Jésus monta dans la barque, retraversa la mer et vint dans sa ville.

 

Homélie du père André le 9 juillet 2017

(Inspirée par une homélie du père Boris Bobrinskoy)

C’est trois fois au cours de l’année que nous entendons dans les différents évangiles ce récit de la guérison du possédé Gérasénien. C’est un événement assez spectaculaire, non pas tant par la guérison elle-même que par la manifestation de la puissance de ces forces démoniaques qui sont capables de précipiter dans la mer un troupeau entier et rendre un homme dangereux pour son entourage.

L’épisode évangélique est particulièrement représentatif de toute la vie de Jésus sur terre puisque nous pouvons affirmer que, depuis le début jusqu’à la Croix, toute la vie humaine de Jésus est un combat permanent contre les forces du mal, contre les forces de mort, contre les esprits des ténèbres.

Aujourd’hui comme à l’époque du Christ, les forces de mal sont à l’œuvre. Lorsque Jésus demande au démon « Quel est ton nom ? » celui-ci répondit « Légion ». Ici, « Légion » désigne une multitude, car beaucoup de démons avaient assailli le possédé, et précisément cela correspond tout à fait à notre expérience, à la réalité de tous les temps. Aujourd’hui comme hier, les démons sont légions. Ils peuvent prendre des formes diverses et adopter des méthodes variées.

Parmi les multiples manières dont les démons cherchent à nous éloigner de Dieu, il y a évidemment la persécution. Mais la persécution directe n’est sans doute pas la façon la plus dangereuse ni la plus perverse ni la plus définitive. Comme nous le constatons dans tous les pays depuis les origines jusqu’à aujourd’hui, le sang des martyrs crée la semence de la foi. Que ce soit en Russie, que ce soit en Orient, partout où la foi chrétienne est persécutée, partout où les croyants donnent leur vie, partout où les chrétiens témoignent jusqu’au sang par leur souffrance, partout où, exclus, méprisés, rejetés ils témoignent de leur foi en Dieu Trinitaire.

Mais il y a encore d’autres manières bien plus insidieuses par lesquelles les forces du mal agissent. Il y a ce que l’on appelle la désacralisation du monde et de l’esprit. Notre Europe a été jadis une Europe chrétienne, et pourtant, la Constitution européenne a écarté non seulement l’idée de Dieu, mais encore toute référence à une racine religieuse et spirituelle. Tout ceci illustre certainement une réalité profonde et vécue, le monde se sécularise et se désacralise en rejetant Dieu. Il faut être attentif à ces attaques en particulier par cette idéologie qui veut que l’homme et la femme soient libres de leur vie, de leur corps, de leur destinée. Tout ceci a pour conséquence non seulement un relâchement profond de la morale, mais aussi une négation des racines spirituelles.

Dans notre vie chrétienne, notre témoignage chrétien doit être un témoignage éveillé et conscient. Prions surtout pour que le Seigneur nous donne la force non seulement de vivre notre foi en profondeur, mais aussi de mener nous-mêmes le combat spirituel dans notre propre cœur, dans notre propre corps, dans tous les domaines de notre existence.

Prions pour que le Seigneur nous donne la force de nous opposer à toute tentative de ces forces de mal, à toutes ces attaques qui visent à effacer en nous l’image de Dieu, cette image de Dieu par laquelle et dans laquelle l’homme a été créé. Cette image est en nous, elle est dite indestructible, mais on peut la ternir au point qu’elle ne rayonne plus. Or, cette image doit rayonner, elle doit se manifester, elle doit grandir en nous comme le Christ Lui-même grandit en nous de jour en jour dans notre vie entière.

C’est pourquoi nous devons ainsi apprendre à vivre la dimension baptismale de notre existence, c’est-à-dire le combat permanent, le rejet du mal pour vivre selon les commandements de Dieu.