Par l'Archiprêtre André Fortounatto - Octobre 2015

La liturgie eucharistique ne se célèbre pas à une heure fixe, mais à des moments différents de la journée selon la « nature » de celle-ci. Pour les grandes fêtes, elle est célébrée très tôt le matin (par exemple à Pâques), pour une fête moindre, sans vigiles, elle est repoussée à une heure plus tardive et peut être célébrée même à midi.

L’Eucharistie est notre participation, par anticipation, au Royaume, elle est le sacrement de la venue du Christ et de sa présence parmi ses disciples. Comme pour les disciples d’Emmaüs, le Seigneur se révèle dans la fraction du pain (Luc XII, 30-31). L’Eucharistie est la joie de la présence du Maître et de sa Résurrection.

 

Aussi l’Eucharistie est incompatible avec le jeûne.

Nos rubriques disent qu’il n’y a pas de célébration de la liturgie eucharistique les jours de semaine durant les 6 semaines du Grand Carême (à l’exception du jour de l’Annonciation le 25 mars). Mais il peut y avoir certains jours distribution de la Communion durant la liturgie des (Dons) Présanctifiés – ainsi appelée, car les dons sont consacrés durant la liturgie du dimanche précédent.

Il n’y a pas de contradiction entre le fait de la non-célébration de l’eucharistie les jours de jeûne et la distribution de la communion de tels jours. La sainte communion est l’aboutissement de tous nos efforts, le but que nous nous efforçons d’atteindre, la joie suprême de notre vie chrétienne, elle est aussi et nécessairement la source et le commencement de notre effort spirituel lui-même, le Don divin qui nous permet de connaître, de désirer et de tendre vers une « plus parfaite communion, au jour sans crépuscule de ton Royaume » (liturgie de St. Jean Chrysostome).

L’Eucharistie nous fait participer au Royaume à venir, bien que nous vivions encore sur terre et ici-bas nous avons besoin de secours et de soutien, de force et de réconfort, car le « Prince de ce monde » ne s’est pas encore rendu, au contraire, se sachant vaincu par le Christ, il engage un dernier et violent combat contre Dieu pour Lui ravir tout ce qu’il peut. Dans cette lutte, notre principal soutien est précisément le Corps et le Sang du Christ, cette « nourriture essentielle » qui nous garde spirituellement vivants et, en dépit de toutes les tentations et les dangers, nous fait disciples du Christ.

Le jeûne eucharistique (abstinence de toute nourriture et de toute boisson le jour de la célébration de la liturgie avant la communion) reste une règle absolue (une dérogation peut être accordée par le père spirituel dans des cas bien précis – l’âge ou la maladie par exemple). Ce jeûne eucharistique sera plus ou moins long selon les jours, donc de l’heure de la célébration, et il correspond à une dernière et ultime préparation à l’Eucharistie, il correspond à notre attente de la venue du Christ. Le pronom « notre » ne concerne pas uniquement chacun d’entre nous personnellement, mais également la communauté et toute l’Eglise qui, ainsi, attendent la venue du Maître en « ce monde » et notre entrée dans « le monde à venir ».

Dans la tradition russe actuelle, la liturgie des Présanctifiés est célébrée le matin, mais la caractéristique première de cette liturgie est qu’il s’agit d’un office du soir. Elle se présente comme un office de communion qui suit les vêpres. Ainsi le jeûne dure toute la journée. Cette règle est l’idéal pour le fidèle orthodoxe, mais bien entendu, chacun est libre d’adapter le jeûne à ses possibilités, sachant que tout effort est « agréable de Dieu ».